La labellisation du troisième parc naturel régional de Champagne-Ardenne constitue un évènement dans une actualité économique morose. S’il ne faut pas en attendre de miracle, il n’en demeure pas moins que le département s’est doté d’un outil de valorisation.

Les paysages du territoire du Parc Naturel Régional des Ardennes sont remarquables et très diversifiés.
Une charte fixe les objectifs de développement du Parc Naturel Régional des Ardennes. Validée en juillet 2010 par le comité syndical, ce document volumineux engage les partenaires dans un projet ambitieux pour le territoire. Il va permettre d’assurer la coordination et la cohérence des actions qui seront conduites dans les douze prochaines années.
Situé au Nord de la Région Champagne-Ardenne et du Département des Ardennes, territoire frontalier avec la Belgique, traversé (bientôt en totalité) par un axe autoroutier Nord-Sud, le projet de parc – initié en 1992 – est aujourd’hui devenu une réalité.
Il concerne 91 communes des cantons de Givet, Fumay, Revin, Rocroi, Renwez, Monthermé, Nouzonville, Signy-le-Petit et Rumigny. Soit une superficie de 116 400 hectares, et une population de 75 800 habitants.
Au cours de l’élaboration de la charte, diverses commissions ont travaillé à identifier 8 thématiques jugées prioritaires. Elles ont été regroupées sous trois axes.
Le premier vise à diversifier l’activité économique en valorisant durablement les ressources du territoire (agriculture, forêt, tourisme). Le deuxième concerne la révélation et la préservation de la richesse des patrimoines naturel et paysager, ainsi que l’accompagnement des mutations environnementales (patrimoine naturel, paysage, énergie). Quant au troisième, il a pour objectif de mettre en place des actions en faveur de l’identité et de la qualité de vie des Ardennes. Dans ce but, le PNR va rechercher des partenariats solidaires, pour ce qui relève notamment de l’urbanisme, de l’éducation et de la sensibilisation au territoire.
Des produits agricoles valorisés
La création d’un PNR est l’occasion de mettre en place des actions permettant de développer le territoire au plan économique.
Pour ce qui est de l’agriculture, il s’agit notamment de développer et de mettre en valeur des produits locaux. « Dès qu’un parc se met en place, des produits sont labellisés, annonce Isabelle Zarlanga, directrice du PNR des Ardennes. Il faut bien entendu respecter une charte de qualité. Ces produits peuvent être des savoir-faire, des services, une production agricole ou artisanale ».
En avril 2007, un marché paysan a été créé à Renwez (le dernier vendredi de chaque mois) avec la participation d’un groupement de producteurs. Il assure la promotion des productions locales, et leur mise en circuit. Il a permis un rapprochement entre producteurs et consommateurs.
Jean-Michel Devresse, qui a sauvé la race de la Dinde Rouge ardennaise et l’a valorisée, est le président de l’association qui gère ce marché, dont les agriculteurs ou commerçants locaux tirent des bénéfices économiques, tandis que les clients profitent de produits de qualité.
La forêt et le tourisme
Le PNR des Ardennes compte 62 000 ha de forêt (53 % de son territoire). Développer la filière bois, assurer une gestion à la fois économique, sociétale et environnementale de « l’or vert » ardennais, tel est le défi à relever. La mise en place d’une charte forestière de territoire permettra de rationaliser le développement de la forêt et d’en concilier les différentes fonctions. « Pour l’instant, on ne sait pas si cela concernera l’ensemble du territoire ou certains points », confie Mme Zarlanga.
Le syndicat mixte de préfiguration n’a pas attendu la labellisation du Parc pour mettre en place des actions en faveur du développent du tourisme. « Nous avons repris la valorisation des circuits VTT. On en compte 400 km sur les vallées de la Meuse et de la Semoy, dont nous assurons la communication, la promotion et la labellisation par la Fédération française de cyclisme », poursuit la directrice.
Parallèlement au label PNR, d’autres appellations peuvent apporter un plus à certaines communes du territoire. C’est le cas de Rocroi, qui devrait devenir bientôt « village étape ». Cette labellisation est liée à l’A304. Elle apportera une plus-value en termes touristiques, de qualité patrimoniale, notamment sur le Plateau.
Patrimoine naturel
Parmi les thématiques fortes, on trouve évidemment le patrimoine naturel. Faire connaître et partager la richesse de la faune et de la flore, gérer de manière concertée les différentes zones qui sont déjà protégées par l’Etat est l’une des missions du PNR. Une vaste zone Natura 2000 s’étend sur son territoire. L’objectif est d’atteindre un équilibre entre le développement des activités humaines, la préservation des milieux naturels et la conservation des espèces.
Le PNR des Ardennes compte une Zone de Protection Spéciale (Plateau Ardennais) et une Zone Spéciale de Conservation (Forêts de la vallée de la Semoy de Thilay à Hautes-Rivières). Sur les 75 000 ha de Zone de Protection Spéciale (ZPS) se trouvent 1 700 ha de terres agricoles, qui ont été retirées de cette ZPS.
Il va falloir gérer ces zones avec les différents acteurs du territoire (associations de protection de la nature, chasseurs, collectivités, forestiers). « Notre rôle, c’est de rédiger le document d’objectifs, explique Isabelle Zarlanga, c’est-à-dire de voir avec les différents acteurs quelles actions on peut mettre en place de manière concertée pour protéger les 26 espèces emblématiques de ce territoire, qui font l’objet d’un classement en ZPS ».
Gérer en concertation, car « le parc n’a pas pouvoir de contraindre, il a le devoir de convaincre, fait remarquer sa directrice. C’est un élément important ».
Paysage, urbanisme
La thématique « paysage » a déjà été mise en place sur l’ouest du territoire un plan de paysages. L’action va être poursuivie sur l’ensemble du parc.
Pour être clair, un plan de paysage identifie ce qu’il y a à mettre en valeur sur le territoire, les points noirs à résorber, les actions qui pourraient être mises en œuvre (routes balcons, requalification de certaines entrées de villes, création de routes paysagères, etc.).
Le PNR des Ardennes est particulièrement riche en ce qui concerne le bâti (matériaux de construction, typologie de l’habitat). Avec lui, la notion d’ « urbanisme durable » prend tout son sens. L’étalement urbain n’a plus la cote, alors qu’il est une tradition sur le Plateau de Rocroi, où les villages rues sont une des caractéristiques de son identité urbaine.
Désormais, on parle de « densification soutenable des zones urbaines ». Il s’agit de gérer au mieux les coûts de l’urbanisme, en termes d’équipements et d’environnement.
Le PNR joue d’ailleurs un rôle d’accompagnement des collectivités en matière d’urbanisme, allant jusqu’à fournir des avant-projets. Des conseils architecturaux sont dispensés gratuitement aux habitants afin de préserver les caractéristiques du patrimoine bâti.
Energie et environnement
L’énergie et les économies d’énergie sont l’objet de toutes les attentions avec la mise en place d’un plan climat, qui sera en quelque sorte la déclinaison du plan régional. Le Parc va aider les collectivités à mettre en place des opérations d’économie d’énergie sur leurs bâtiments. L’éventail des actions est très large. Il s’agira aussi de mettre en place des points info énergie pour les habitants, de sensibiliser aux économies d’énergie.
Le mot « énergie » induit aussi une problématique liée à l’environnement. Si la centrale nucléaire de Chooz ne fait pas problème, qu’en est-il du projet d’incinérateur de Givet ? Interrogée sur le sujet, lsabelle Zarlanga botterait presque en touche : « Je pense – et c’est ce qu’a dit le Président Meunier : "Des autorités compétentes sont en train de mener un certain nombre d’études, de vérifier la qualité du projet, et de se pencher notamment sur les effets en matière de santé, d’environnement. Il faut attendre les résultats pour se positionner" ».
Pour la directrice du parc ardennais, celui-ci « n’a jamais pris position, jamais débattu de ce projet tant qu’il était projet de PNR. Tous les projets ayant une étude d’impact vont désormais être soumis à notre avis. Le parc en émettra un sur le projet d’incinérateur… Un avis qui reste un avis, c’est-à-dire que le Préfet tranchera. Il faut rappeler que le Parc n’a pas de pouvoir réglementaire. Il a des avis à donner dans certains domaines, par exemple en ce qui concerne les documents d’urbanisme communaux ».
Eduquer et sensibiliser
L’éducation au territoire fait partie des engagements de la charte. Former les nouvelles générations, les sensibiliser aux richesses du territoire, au développement durable constitue l’une des priorités des créateurs du PNR. Depuis 2009, 4 000 enfants et 130 classes du territoire ont bénéficié d’ateliers (oiseaux, architecture ardennaise, arbres, productions du terroir et paysage). Le parc va compléter cette série d’animations, toujours en lien avec les thématiques développées dans la charte.
Quant à la communication, elle est liée au désir de faire des habitants les acteurs éclairés de leur territoire. Ses actions se traduisent notamment par des publications. La dernière brochure éditée par le futur PNR est consacrée au fleurissement (octobre 2011). La plaquette – réactualisée - de présentation du 47ème Parc Naturel Régional et de sa charte devrait sortir pour la venue de la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, ce mois-ci.
Les animations qui impliquent directement le public sont nombreuses. En 2011, le futur PNR a organisé des rencontres mensuelles, de mars à décembre (Nuit de la chouette, formation à la taille des arbres fruitiers, balades, conférences, Train des Légendes, Nuit de la chauve-souris, exposition à la Vitrine du Conseil Général, etc.).
Toutes ces actions d’éducation, de sensibilisation sont destinées – entre autre – à renforcer le sentiment d’appartenance à un même territoire. En accueillant le 47ème parc naturel régional de France, les Ardennes ont pris rendez-vous avec l’avenir.

La nouvelle édition de "l'Essentiel de la charte" arbore le logo du PNRA et sa qualité de 47ème parc naturel régional de France.

