La première assemblée citoyenne du Front de gauche s’est déroulée mercredi, à l’ancienne mairie, dans le contexte des campagnes électorales (présidentielle et législatives). Candidate du mouvement aux législatives sur la 2ème circonscription, Michèle Leflon a lancé la discussion à partir d’une présentation du programme de la formation incarnée au national par Jean-Luc Mélenchon.

L'assemblée citoyenne a permis aux militants d 'échanger sur le programme du Front de gauche. (Photo @rdenne-mag)
En préambule, la candidate aux législatives a expliqué les raisons de la réunion, à savoir « discuter – en vue des élections – du programme du Front de Gauche, se l’approprier, voire l’enrichir et diffuser nos idées ».
Elle a rappelé le contexte de la création du Front de Gauche. « Face aux difficultés importantes que nous vivons, le parti communiste s’est dit qu’il fallait créer un rassemblement avec d’autres partis politiques en rassemblant largement ».
Avec l’idée de donner sa place au peuple, « à ceux qui ne sont pas écoutés, c’est-à-dire l’immense majorité ». L’étape suivante a consisté à choisir un candidat, Jean-Luc Mélenchon, qui en cas de victoire, appliquerait l’une des mesures phares du programme du Front de Gauche : une nouvelle constitution.
« Nous sommes contre le régime présidentiel, a martelé la candidate. Nous convoquerons une constituante pour changer la Constitution, afin de créer une démocratie représentative. Actuellement, on dénigre beaucoup les élus, mais la réforme territoriale a diminué leur nombre, alors qu’ils sont la démocratie ». Une démocratie qui serait en faillite, malade. « Il faut donner des voix aux citoyens et redonner toute sa place au Parlement », propose Mme Leflon en guise de médicament.
« L’humain d’abord »
Pour répondre à la crise économique, financière, environnementale et sociale, les gouvernants affirment que « la seule solution, c’est l’austérité », s’est insurgée celle qui est aussi vice-présidente du Conseil régional. «Ce raisonnement permet aux riches d’augmenter leurs profits. Les inégalités n’ont jamais été aussi importantes qu’en Europe. La courbe des salaires a explosé. Les plus élevés ont encore augmenté ». Rappelons que le Front de gauche réclame une échelle des salaires allant de 1 à 20.
« La finance a pris le pas sur l’humain », s’est indignée la candidate, qui veut replacer « l’humain d’abord » et reprendre la main sur la finance. Pour le Front de gauche, le crédit ne doit pas servir à pas augmenter les profits de quelques-uns au détriment de la population. Il doit être utilisé pour développer l’agriculture, l’industrie. « On ne produit plus pour satisfaire les besoins, on produit si c’est utile aux besoins des financiers », a-t-elle déploré.
Donner plus de pouvoir aux salariés dans leur entreprise est l’une des nombreuses revendications de la coalition. Michèle Leflon a cité d’exemple de la SN Oxame, qui a fermé en décembre 2011. « Il existe un projet de reprise, mais ça se passe en dehors d’eux. Les salariés ne sont jamais associés », a-t-elle regretté.
Augmenter les salaires
La lutte contre le chômage et la précarisation du travail constituent l’un des chevaux de bataille du Front avec l’augmentation des salaires. Ce dernier point constituerait un moyen de relancer la consommation et l’industrie, tout en permettant de créer de l’emploi.
Michèle Leflon a souligné par ailleurs qu’il était absurde de retarder l’âge de départ à la retraite « avec des jeunes qui sont précaires pendant des années ».
Autre souci de la formation politique, l’amélioration du logement et une meilleure prise en compte des questions de santé avec une refonte de la Sécurité Sociale, qui rembourserait mieux (lunettes, soins dentaires), jusqu’à évoluer vers un remboursement quasi intégral des soins pour maladie.
S’il s’avère indispensable de changer le mode de cotisation sociale, Jean-Luc Mélenchon et les siens refusent d’appliquer la TVA sociale, qui « pénalisera d’autant plus les personnes à faible revenu, puisque cette taxe s’étend aux produits de consommation ».
Pour financer son programme social, le mouvement compte sur sa réforme de la fiscalité, qui permettrait de récupérer 200 milliards d’euros. « Cela paierait les retraites et la réforme de la Sécurité Sociale ».
L’environnement sans tabou
Autre thème abordé lors de la soirée : la crise environnementale. « Des questions se posent, qu’il faut se poser, a reconnu Michèle Leflon. Le réchauffement climatique existe. C’est la recherche du profit maximum qui met le plus en danger l’environnement », a-t-elle accusé en citant l’exemple des transports routiers, privilégiés au détriment du train.
Pour le Front de gauche, produire et respecter l’environnement ne sont pas antinomiques. L’un des moyens d’y parvenir serait d’arrêter d’importer des produits venant de l’autre bout du monde. La mise en place d’un plan de relance de l’industrie nationale, « qui a été cassée », permettrait d’atteindre ce double objectif.
En ce qui concerne les choix énergétiques, « les discussions doivent être menées sans tabou ». La centrale de Chooz est une réalité qu’il serait absurde de nier. Alors, nucléaire ou pas ? La politique énergétique de la France pourrait naître d’un débat qui évoluerait vers un référendum après avoir donné l’ensemble des éléments à la population. « Il ne faut pas surfer sur un certain nombre de frayeurs, a tempéré Mme Leflon. Le nucléaire ne participe pas au réchauffement climatique. Il doit rester dans le domaine public ».
L’Europe
Selon la candidate, le Traité européen et ses « énormes contraintes » auraient pour visée d’opprimer les populations. Le Front de gauche veut mettre la pression pour que l’Europe ne soit plus celle des financiers, mais l’Europe des peuples… qui revendiquent le droit à une meilleure existence et à la prise en compte de leur expression.
Quelques exemples concrets concernant la circonscription ont été donnés. Par exemple, les personnes possédant des diplômes belges rencontrent beaucoup de difficultés lorsqu’elles veulent travailler en France. Les frontaliers doivent surmonter bien des obstacles pour se faire soigner en Belgique (même si l’offre médicale est insuffisante sur le département). « Mais les capitaux passent sans problème d’un pays à l’autre », constate avec amertume Mme Leflon.
Le Front de gauche souhaite renégocier la place de l’euro. Le PCF s’était opposé à la création de la monnaie unique, mais cette hostilité n’est plus d’actualité selon la candidate. « Le passage à l’euro a eu pour conséquence une augmentation des prix et des profits. Le retour au franc provoquerait les mêmes conséquences avec en plus une difficulté augmentée pour rembourser l’emprunt en euros ».
Le statut indépendant de la Banque Centrale Européenne attire cependant les critiques. Son fonctionnement ne serait pas démocratique si l’on en croit Michèle Leflon, qui accuse : « Son but est de garantir la stabilité des prix. Elle n’a d’intérêt que d’augmenter les profits ».
