Pour le député sortant (divers gauche, majorité présidentielle), Revin a constitué la dernière étape d’une campagne exténuante. @rdenne-mag lui a posé quelques questions d’actualité sur Oxame, l’Education Nationale, la presse et, enfin, sur ses priorités pour la circonscription.
- Dernière ligne droite pour Philippe Vuilque, député sortant, qui a tenu sa dernière réunion publique ce vendredi soir, à Revin. (Photo @rdenne-mag)
@rdenne-mag : Le matériel de la SN Oxame sera mis aux enchères le 14 juin prochain. Quel est votre commentaire ?
Philippe Vuilque : Nous avons appris cette nouvelle comme beaucoup, de manière assez surprenante, puisque d’après ce que je peux savoir, il y avait encore des discussions menées par d’éventuels investisseurs intéressés non seulement par le matériel, mais aussi par le process de production
Me Raulet a décidé – pour des raisons qui m’échappent – de mettre en vente. Est-ce pour des raisons tactiques qui permettraient au futur repreneur de donner un avis plus rapidement que prévu ? On sait aussi comment ça se passe dans ces cas-là. Les gens tergiversent, tergiversent. Peut-être que Me Raulet en a eu assez et a dit : « Voilà, si vous ne me donnez pas de réponse, je mets aux enchères. » C’est une possibilité.
C’est dommage parce qu’il s’agit d’un outil performant. Certes, on sait et on savait qu’il était difficile – dans la situation économique et sociale où nous nous sommes – de trouver un repreneur sur une technologie très spécifique, très pointue. Il n’en reste pas moins qu’il y avait des contacts.
@-m : Peut-on parler de précipitation ?
Ph V : Oui, et j’ai un peu de mal à me l’expliquer. Me Raulet semble avoir une stratégie à double détente. En tout cas, ce que je n’apprécie pas beaucoup – même s’il s’agit d’une décision de justice dans laquelle je n’ai pas à m’immiscer -, c’est que la moindre des choses aurait été de prévenir le député-maire.
Je le regrette d’autant plus que, à l’époque, avec le Préfet (Pierre N’Gahane, ndlr), nous avions souhaité qu’on donne du temps au temps. On sait très bien que ces dossiers sont lourds, difficiles. On ne trouve pas comme ça un repreneur. Il faut se donner du temps. Je suis surpris, et même – pour ne rien vous cacher – un peu outré de la décision – à mon avis trop rapide – de Me Raulet. Ce ne sont pas des choses d’une correction exemplaire.
@-m : Le groupe Rossel s’est porté acquéreur de plusieurs titres du Groupe Hersant Média, mais de nombreux licenciements sont prévus. Vous êtes intervenu récemment auprès de la ministre de la Culture en faveur des salariés du journal L’Ardennais-L’Union. Pourquoi cette implication ?
Ph V : Ce qui se passe dans la presse régionale – pas seulement dans notre région, mais dans l’ensemble de la presse régionale et nationale – est inquiétant. On sait qu’un certain nombre de journaux locaux appartenant à des groupes sont en difficulté, qu’il existe une volonté de la part de ces groupes de restructurer, c’est-à-dire de diminuer les coûts de production et les coûts salariaux. C’est inquiétant.
@-m : Pour qui ?
Ph V : C’est inquiétant pour le pluralisme de la presse en général, et en particulier pour des régions comme la nôtre. Nous n’avons déjà plus qu’un seul quotidien, L’Union-L’Ardennais, avec un même contenu, et dirigé par les mêmes personnes.
Si demain, en plus, nous avons des suppressions d’emplois, moins de journalistes, nous sommes inquiets de la manière dont sera traitée l’information. Je pense qu’il est important, quelle que soit la région, que nous ayons des médias – notamment les journaux papier – qui soient le plus indépendants possible. Je ne me fais pas d’illusion sur le sujet. Mais que, au moins, les territoires aient des journalistes professionnels, compétents, qui respectent la déontologie journalistique et rapportent fidèlement ce qui se passe dans l’ensemble du territoire.
@-m : Quels liens unissent les lecteurs à la presse régionale ?
Ph V : Les citoyens – ardennais ou champardennais - sont très attachés à leur presse locale, même si c’est vrai qu’il y a une baisse très importante du lectorat. Les nouveaux médias sont là – il ne faut pas se le cacher -, mais je pense que c’est très important pour la démocratie, pour la vie associative et syndicale, qu’il y ait une préservation de la presse locale, surtout dans nos régions.
@-m : La Cour des Comptes vient d’épingler Luc Chatel, ancien ministre de l’Education Nationale. Elle a notamment relevé que 16 811 postes avaient été supprimés en 2011 au lieu des 18 000 annoncés. Les collèges et lycées publics ont particulièrement souffert de cette mesure. Que vous inspire cette information ?
Ph V : Depuis le début de la campagne présidentielle et dans cette campagne des élections législatives, nous avons dénoncé le fait que le ministère de l’Education Nationale souhaitait réduire les coûts sans prendre en compte le service public de l’éducation. Il s’est passé la même chose ailleurs, par exemple en ce qui concerne le service public de la sécurité. Pour la police et la gendarmerie, il y avait aussi des suppressions de postes.
@-m : Que reprochez-vous à ces suppressions ?
Ph V : On ne les proportionne pas au service public rendu aux citoyens. Pour moi, il faut d’abord partir de ce qu’on veut rendre comme service public aux citoyens et adapter en conséquence. Nous avons dit depuis le début que c’est là une politique de gribouille, qui consiste à dire : « On a besoin de faire des économies ; donc, on supprime des postes sans avoir une claire vision de ce qu’on fait du service public sur le terrain. »
Ça, nous l’avons dénoncé à plusieurs reprises. Et là, la Cour des Comptes montre effectivement que nous avions raison. 16 000 suppressions de postes prévues, et au final, il y en a 811 de plus. Nous avons toujours dénoncé cette casse du service public. La Cour des Comptes nous donne raison. C’est un argument supplémentaire pour dire : « Stop ! », et pour dire aux citoyens : « On a un Président de la République de gauche ; maintenant, il faut une majorité de gauche pour remettre tout ça d’aplomb. »
@-m : Qu’attendez-vous concrètement du gouvernement pour les Ardennes ?
Ph V : J’attends d’abord qu’il ait une politique industrielle, économique et sociale digne de ce nom, et non pas le tout libéralisme, le laisser-faire et le laisser-aller que nous avons connus.
Dans ce département, nous avons besoin notamment d’une vision industrielle, d’une vraie politique industrielle, d’une politique de relance aussi, parce qu’il n’y aura d’emplois et d’industrie que si nous avons des usines et des salariés pour produire, des consommateurs pour acheter.
Dans nos secteurs de transformation – automobile, fonderie, etc. – , nous avons souffert d’un gouvernement, – mais ça ne date pas d’hier, ça fait dix ans que ça dure -, qui n’ a pas eu de vision à moyen et long terme de ce qu’on pouvait faire de l’industrie française, notamment de l’industrie de transformation métallurgique. Et aujourd’hui, on paie cash ce manque de politique industrielle.
J’attends donc du gouvernement qu’il ait une vraie politique industrielle, une vraie réflexion sur ce qu’on fait de nos outils industriels dans les régions comme la nôtre pour que nous adaptions, lorsqu’il faut adapter. Et que, au moins, on s’y prenne suffisamment à l’avance pour éviter les catastrophes que nous avons connues sur notre territoire.
@-m : En cas de réélection, quels sont les dossiers prioritaires pour la circonscription que vous défendrez à l’Assemblée et dans les ministères ?
Ph V : D’abord l’emploi, justement, cette réindustrialisation du territoire, parce qu’il y a des pistes, tels que les secteurs d’avenir, les secteurs technologiques d’avenir.
Je pense à l’éolien, à toutes les nouvelles technologies, mais pas seulement celles-là. Aujourd’hui, vous avez des PME-PMI à forte valeur ajoutée qui peuvent très bien venir s’implanter chez nous. Nous en avons eu l’expérience il y a quelques années avec la Maroquinerie des Ardennes. Le cuir n’était pas une spécialité du département. Ce que nous avons réussi avec cette entreprise, on peut le réussir dans d’autres secteurs d’activité.
@-m : Que faut-il pour accueillir des entreprises innovantes ?
Ph V : Il faut absolument qu’on soit compétitifs pour recevoir ces PME-PMI à forte valeur ajoutée, qui demandent quoi ? Elles demandent qu’il y ait des infrastructures, donc un service public qui soit rendu, un service de santé, qu’il y ait éventuellement de l’emploi pour les conjoints des personnes qui viennent chez nous. Et puis, il faut que ces entreprises puissent embaucher des jeunes formés à ces métiers de haute technologie.
Ça demande déjà que les lycées ardennais préparent à certains diplômes, baccalauréat, BTS ou diplômes d’ingénieur. C’est notre difficulté aujourd’hui, mais encore une fois, si des entreprises de luxe sont venues s’installer chez nous, c’est bien que nous avons des atouts. Il faut les faire valoir. Et puis, nous avons des salariés compétents, qui peuvent être formés. Je dirais même qu’ils « en veulent ».
A Bogny, ce qui s’est passé avec Hermès et la Maroquinerie des Ardennes est très encourageant pour nous. Nous pouvons réaliser la même chose sur d’autres secteurs d’activité. Les Ardennais ont fait la preuve qu’on peut être salarié d’une fonderie et travailler ensuite dans un autre secteur, à condition qu’il y ait une formation adéquate pour pouvoir se recycler.



