Pierre Mathieu, vice-président du conseil régional en charge des infrastructures, du transport et de la mobilité durable, est intervenu ce jeudi au cours d’un point presse pour évoquer l’épineux dossier de la ligne Givet-Charleville, dont le manque d’entretien pourrait – à terme – conduire à sa fermeture partielle.

De gauche à droite : Pierre Mathieu, Michèle Lelfon et son suppléant André Majewski ont lancé un cri d’alarme quant au devenir de la ligne Charleville-Givet. (Photo @rdenne-mag)
En présence de Michèle Leflon, candidate dans la 2ème circonscription et de plusieurs membres de la section locale du PCF, qui accueillait la réunion dans ses locaux, un cri d’alarme a été lancé au vu des 110 millions d’euros annoncés par Réseau Ferré de France pour achever la remise en état de l’infrastructure.
« L’avenir, c’est peut-être qu’il n’y ait plus de train du tout », a pour sa part lancé la candidate du Front de gauche. Une inquiétude reprise par l’élu régional, qui souhaitait faire un point sur le sujet dans le cadre de la campagne des législatives.
« Le dossier de la ligne Charleville-Givet est extrêmement important pour les Ardennes, pour la région, pour ses utilisateurs, pour l’économie et le tourisme, a rappelé Pierre Mathieu. La situation est inquiétante dans la mesure où l’on assiste à une accélération de la dégradation de l’infrastructure ferroviaire, et notamment de la plateforme. »
L’élu régional a insisté sur le paradoxe qui oppose l’effort important de la Région pour renouveler le matériel (75 millions d’euros pour les Ardennes) et un service public qui se dégrade.
La Région souhaitait investir pour augmenter l’offre (+ 40 % de train/km depuis l’arrivée du TGV, pour une meilleure connexion avec Reims), améliorer le service rendu aux utilisateurs dans le but de désenclaver les Ardennes et de raccourcir les temps de parcours.
Or ces derniers se sont encore allongés d’¼h entre Revin et Givet, puisque les trains doivent rouler à 10 km/h sur certaines portions de voie.
« S’il n’y a pas une mobilisation forte et rapide de financement pour remédier à cette situation, cela peut conduire à des choses extrêmement préjudiciables, qui ne sont pas acceptables », a prévenu M. Mathieu.
Pour lui, il n’est pas question d’imaginer un seul instant qu’on puisse réduire, voire fermer certains tronçons d’une des lignes les plus fréquentées de la région Champagne-Ardenne, surtout sur un territoire aux caractéristiques géographiques complexes comme la Vallée de la Meuse.
Promesse présidentielle
Plus globalement, le Front de gauche réclame un débat de politique nationale sur la question ferroviaire. Pierre Mathieu a rappelé la promesse du candidat François Hollande : « Il a dit qu’il s’emplirait à faire en sorte qu’il n’y n’ait plus de territoires délaissés, qu’il serait très attentif aux investissements des trains du quotidien pour les territoires enclavés. »
Et le Front de gauche, qui a contribué à faire élire le socialiste, entend bien le voir passer des promesses aux actes. Dès l’ouverture de la prochaine session parlementaire, ses élus comptent demander une nouvelle programmation des crédits (Etat, RFF), prenant en compte la ligne Charleville-Givet, « qui doit remonter en tête des préoccupations et des dossiers nationaux. » Au cas où l’Etat ferait la sourde oreille, des actions seraient menées.
Pour financer les infrastructures ferroviaires, les sénateurs du groupe Communiste, Républicain et Citoyen viennent de déposer une proposition de loi consacrée à la relance du secteur public ferroviaire (lire par ailleurs). Si elle est votée, cette loi permettra de dégager de nouvelles recettes fiscales propres à être réinvesties dans le secteur.
Sous-investissement
« Au-delà des nouveaux financements à trouver, estime M. Mathieu, il faut trouver un meilleur équilibre entre l’utilisation des crédits d’Etat. Tout ne doit pas partir sur les projets de développement de la LGV (Ligne à Grande Vitesse, ndlr) ou sur de grands projets. Ils ont certes leur utilité, mais on ne peut pas abandonner pour autant des parties entières de territoire. De nouveaux choix doivent être faits. Il ne faut pas oublier des territoires tels que la Pointe des Ardennes. »
Le conseiller régional n’est pas tendre envers les services de l’Etat, la SNCF et RFF. Il ne pense pas que la situation de la ligne Charleville-Givet était méconnue de ces trois acteurs : « Ça fait quelques mois, explique-t-il, que les élus ont réclamé un état des lieux, à l’occasion des réunions du CLAD (Comité Local d’Animation et de Développement des transports régionaux, ndlr). »
Pierre Mathieu a même participé à une reconnaissance de la ligne Charleville-Givet, avec des représentants de la Préfecture et de RFF. « Il y a eu un sous-investissement, déclare-t-il sans ambages. Certaines portions n’ont pas été entretenues depuis des dizaines d’années. Le niveau d’entretien était insuffisant pour un certain nombre d’ouvrages d’art qui, par ailleurs, ont été abîmés lors de la Seconde Guerre mondiale. »
Pour l’élu, c’est dans ce contexte que – ces dernières années – la dégradation de la plateforme (les « fondations » de la ligne) s’est accélérée. Sont mises en cause, la nature du terrain, les infiltrations hydrauliques, la qualité du ballast.
À l’heure actuelle, il reste encore 2/3 des travaux à réaliser. Pierre Mathieu pense qu’il faut prendre ce dossier avec de la hauteur afin de créer des conditions de pérennité pour la ligne, mais il refuse que les collectivités territoriales soient mises à contribution.
Pour rappel, la Région a déjà investi dans la LGV et ne peut pas se substituer financièrement aux structures qui ont en charge l’entretien du réseau ferroviaire. Selon l’élu encore, la notion de sécurité doit aussi être prise en compte. Elle est de la responsabilité de RFF (pour le réseau), mais aussi de la SNCF et de l’Etat.
Le Conseil Economique et Social de Champagne-Ardenne s’est exprimé à l’unanimité dans le même sens, à la fois sur l’urgence à traiter cette question et sur le fait que c’est à l’Etat de s’en occuper.
Pierre Mathieu a par ailleurs insisté sur une nécessaire hiérarchisation des priorités, citant la reconquête du maillon ferroviaire Givet-Dinant, qui fait la Une régulièrement. « À quoi ressemblerait d’ouvrir Givet-Dinant si on ne pouvait plus aller en train jusqu’à Charleville-Mézières ? »
139 millions d’euros
Les deux premières tranches de rénovation de la ligne Charleville-Givet (30 millions d’euros) ont été cofinancées par l’Etat, RFF et la Région. Une troisième tranche est programmée pour 2013 (10 millions d’euros). Cette fois, seuls RFF et l’Etat seront les financeurs.
Selon un document de RFF, le rephasage des travaux restant à effectuer, sur la période 2014-2023, fait voler en éclats l’estimation des 110 millions encore à trouver. La facture se monterait à 139 millions d’euros. « Et encore, prévient Pierre Mathieu, « il s’agit de coûts estimés pour des travaux effectués de jour, pendant la période estivale, en fermant la ligne. Sur une période dix ans, ce n’est pas possible car, dans dix ans, les trains ne rouleront plus. C’est clair. » Ces estimations sont susceptibles de modifications. Une revalorisation à la hausse est d’ailleurs prévue (4% par an).
« Il faut relativiser ces chiffres, tempère cependant le vice-président du Conseil régional. Nous sommes dans le ferroviaire et dans des éléments qui n’ont pas été traités depuis plusieurs dizaines d’années par certains aspects. Il faut savoir aussi que si on remet une voie à niveau, c’est pour une période de 30 à 50 ans. »
Dans l’attente des résultats aux législatives, le Front de gauche ronge son frein, mais dès la prochaine session parlementaire de juillet, la ligne Charleville-Givet se transportera jusqu’au sein de l’Hémicycle, rappelant aux députés fraîchement élus que les territoires de la République doivent être égaux en matière d’infrastructures.
