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REVIN – Guerre d’Algérie : La journée du souvenir annulée


La première « journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc » a fait un flop, puisque la mairie a dû annuler la cérémonie prévue au monument aux morts. Les associations locales d’anciens combattants avaient refusé d’y participer.

Le colonel Jean-Pierre Virolet (2ème à gauche) est un farouche opposant du 19 mars. (Photo @rdenne-mag)

Le colonel Jean-Pierre Virolet (2ème à gauche) est un farouche opposant du "19 mars". (Photo @rdenne-mag)

L’Algérie n’a pas fini de diviser les Français. Ses morts, civils et militaires, étaient habituellement honorés le 5 Décembre, jusqu’à ce que le Sénat adopte une proposition de loi socialiste, en novembre 2012. La nouvelle date retenue a tout de suite fait polémique, puisqu’il s’agit du 19 mars 1962, en référence au cessez-le-feu  qui a suivi la signature des accords d’Evian.

De nombreux maires ont refusé d’organiser une cérémonie. A Revin, Alain Roy (PS) avait déclaré aux membres de l’Union Nationale des Combattants (UNC), lors de leur récente assemblée générale, que la Ville était « légaliste » et qu’elle organiserait « ce que monsieur le Préfet lui demandera[it] d’organiser ». Refusant « d’entrer dans la bataille» des dates, il avait toutefois assuré les personnes présentes de sa compréhension.

« Colonie de vacances »

Lors de l’assemblée de la section revinoise de l’UNC, le 10 Mars 2013, le colonel Jean-Pierre Virolet, président départemental, avait expliqué – avec originalité – la position de son association vis-à-vis du 19 mars. En effet, il avait raconté sa propre histoire, bien décidé à lancer un « pavé dans la mare. »

« Personnellement, j’ai été appelé du contingent pour faire mon service national, sous sa forme militaire, dans les Chasseurs alpins. J’ai commencé à faire un peu de ski. Puis on m’a dit : Vous partez en Algérie. » Le jeune homme s’interroge : on raconte que la guerre est finie. Il lui faut malgré tout faire son paquetage. « Je suis parti en novembre 1963 pour rentrer un 1er juillet 1964. »

« Maintenant, je considère que je suis allé là-bas en colonie de vacances, commente-t-il avec causticité. J’ai fait le Djebel Zaccar (…). On a eu des tués dans notre régiment, mais c’était pas la guerre. Alors, je me demande ce que je suis allé faire là-bas. »

Cette négation de l’évidence, ce mensonge d’Etat – pourrait-on dire –  ont conforté le colonel dans son combat pour défendre la date du 5 Décembre, « qui avait été choisie par nos politiques pour ne froisser personne. » Une date prise au hasard : « Et ça allait très bien. »

Un cessez-le-feu

Le président départemental de l’UNC se demande pourquoi il a fallu qu’on « repasse » une proposition de loi au Sénat, douze ans après son dépôt à l’Assemblée nationale, « sachant que le 19 mars, c’est un cessez-le-feu qui n’a été respecté que par la France. »

Certains chiffres font mal : « 500 morts chez les militaires, du 19 mars 1962 au 1er juillet 1964, 100 000 harkis qui sont passés à la trappe. » « Sans compter tout le reste », ajoute-t-il pudiquement.

« Si l’on occulte toute cette partie de notre Histoire, c’est grave, » regrette l’ancien commandant d’escadron. Et c’est pour cette raison que, lui, le gendarme habitué à faire respecter la loi, avait appelé ses « troupes » à manifester devant les grilles de la Préfecture avant de déposer une motion à l’intention du Président de la République.

Un collectif national d’une soixantaine d’associations (Souvenir Français, Légion d’Honneur, Le Trèfle, les Médaillés Militaires, ACPG-CATM, UNC…) s’oppose à la date du 19 mars 1962 comme journée d’hommage. Seules la Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA) et l’Association de Rapatriés d’Algérie (ARAP)  ont honoré aujourd’hui les victimes de la guerre d’Algérie.

Pour mémoire, le 5 décembre 2012, la cérémonie en leur mémoire avait rassemblé plus de 90 drapeaux au monument aux morts de Mézières. Du jamais vu.

Pour les Algériens, le 19 mars 1962 est synonyme de victoire contre le colonialisme français.

Pour les Algériens, le 19 mars 1962 est synonyme de victoire contre le colonialisme français.

COMMUNIQUE DES ASSOCIATIONS COMBATTANTES 

DE REVIN

(UNC – ACPG/CATM/TOE/OPEX – FFI)

« Précisant en préambule n’avoir aucune animosité envers les membres de la FNACA (association d’anciens combattants d’Algérie), que nous respectons et qui ont sans aucun doute possible rempli leur devoir envers la France, et à qui nous laissons leur libre choix sur cette date,

Nous, membres de l’Union Nationale des Combattants et autres associations combattantes de Revin, sommes très clairs sur notre position et resterons fermes sur notre décision, qui est de ne pas participer à cette cérémonie qui est totalement contraire à nos idées  et à nos convictions concernant la date du 19 Mars 1962, que nous ne pouvons considérer comme fin du conflit algérien.

Il est évident que ce pseudo « cessez-le-feu » du 19 Mars 1962, suite aux accords d’Evian, a été accueilli par beaucoup de nos soldats comme un soulagement, mais nous savons aussi quels en ont été les effets réels sur le terrain, celui-ci n’ayant été respecté unilatéralement que par la France.

Il est inacceptable pour nous d’ignorer et de passer sous silence les massacres de plusiseurs dizaines de milliers de combattants et combattantes désarmés, période particulièrement douloureuse de la tragédie algérienne.

Ces massacres ne peuvent en aucun cas tomber dans l’oubli.

Nous ne pouvons effacer de notre Histoire les 386 soldats du contingent, les dizaines de milliers de harkis – massacrés avec leurs familles sous les yeux de l’armée française -, les Français d’Algérie – torturés, mutilés, égorgés -, sans compter les portés disparus, après cette date d’un « cessez-le-feu » non respecté par le FLN.

C’est une véritable ignominie de les faire disparaître de notre mémoire.

Cette conviction est partagée par la quasi-totalité des associations combattantes, sauf pour la FNACA et quelques sympathisants qui, comme d’habitude, seront présents à cette journée.

L’Union Nationale des Combattants et autres associations combattantes de Revin affichent clairement leur position en ne souhaitant pas s’associer à cette journée, qui est un vértiable déni envers les nombreuses victimes tombées après cette date.

Toutefois, si certaines personnes – pour quelque raison que ce soit – désirent s’associer à cette cérémonie, il leur est ordonné de ne s’y rendre qu’à titre personnel, sans drapeau ni aucun signe distinctif d’appartenance à nos associations.

En ce qui concerne notre ville de Revin, les associations combattantes, en commun accord, refusent de cautionner cette mascarade et ne participeront jamais à cette cérémonie. La date du 5 Décembre est et restera pour nous, conformément au Décret N°203-925 du 26 Septembre 2033, la seule date à être respectée par les associations combattantes comme fin de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.

La date du 5 Décembre n’est sans doute pas très heureuse, mais elle a le mérite de se vouloir apaisante, quelles que soient les opinions.

On peut certes contester le choix du 5 Décembre, mais on ne peut refuser à cette date l’avantage d’être neutre et uniquement tournée vers l’hommage aux morts pour la France. »

 
 
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Publié par le 19 mars 2013 dans Info locale, Nord Ardennes

 

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