Michel Sobanska, maire de Rocroi, l’avait annoncé lors du dernier conseiller municipal. « La gendarmerie va être redoutable ». Cette annonce faisait suite à une confidence du Colonel Jean-Jacques Guibaud, directeur départemental des services d’incendie et de secours des Ardennes, au vu du bilan des accidents de la route dans notre département : 15 morts depuis le début de l’année.
Samedi après-midi, me rendant tranquillement à Rocroi pour la remise des prix du concours des maisons fleuries, je croise une automobile dont la conductrice me fait un appel de phares. Je m’étonne. Poursuivant ma route, mon attention est attirée quelques kilomètres plus loin par quelque chose qui aurait pu relever de l’hallucination.
Au lieu-dit « La Guinguette »,engoncés dans la haie du maire de Taillette, André Bernard, deux gendarmes guettent l’infraction. Si les végétaux ont une mémoire de forme comme les matelas, la silhouette des représentants de l’ordre s’y trouve encore.
Arrivée à Rocroi, je rencontre une personne qui a suivi le même trajet que moi. L’avant-veille, ce conducteur prudent a vu une harde d’une trentaine de sangliers lui couper la route au niveau du pont Ste-Anne. (C’est dire si les routes du Plateau de Rocroi sont dangereuses.)
Nous partageons notre stupéfaction à propos des gendarmes « végétalisés » et entendons autour de nous les habituels commentaires. « C’est vraiment la répression à tout va », « Il faut faire du chiffre », et j’en passe.
Je me dis alors que toute politique répressive est vouée à l’échec. En camouflant les représentants de l’ordre dans les haies ou derrière des murs, l’Etat remplira ses caisses – c’est certain -, mais il ne diminuera pas le nombre des morts.
De plus, il accentuera le sentiment de défiance des citoyens vis-à-vis des forces de l’ordre. La peur du képi comme support pédagogique, plutôt que la persuasion, ce n’est déjà pas le top. Mais à transformer les gendarmes en pièges « invisibles », l’Etat risque de devenir « illisible » dans sa politique de sécurité routière.